Lignes de faille – Nancy Huston

Lignes de faille est un roman de Nancy Huston, écrivain d’origine franco canadienne, née en 53.

Lignes de faille, c’est l’histoire d’une lignes-de-faillefamille et de ses origines sur fond de seconde guerre mondiale, à travers quatre générations.

La narration est habilement menée, puisque nous allons tour à tour suivre une génération après l’autre en commençant par la plus récente.

L’histoire se distille au fur et à mesure de la lecture. Il y a quelque chose de caché. Il ne s’agit pas d’un secret, mais de quelque chose dont par gêne ou par pudeur, on ne parle pas trop. Quelque chose qui semble être à l’origine de disputes et frustrations. Quelque chose que nous allons progressivement découvrir.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la manière dont Nancy Huston organise la narration. Le roman est divisé en quatre parties. Chaque partie donne la parole à une génération que nous allons suivre en direct durant un petit moment choisi de sa vie.

Autre particularité, le moment de vie choisi est toujours un morceau de l’enfance des personnages. Raconter une histoire du point de vue d’un enfant est une opération délicate qui peut faire perdre au roman toute authenticité ou à tout le moins toute crédibilité.

Force est toutefois de constater que Nancy Huston arrive très subtilement à rendre toute la naïveté, l’innocence, et toute la perception qu’on peut imaginer être celles des enfants.

Nous avançons donc dans l’histoire à travers quatre personnages, dont chacun est le parent du précédent.

L’histoire est attachante et le contexte des enfants « germanisés » pendant la guerre est très intéressant, puisque rarement traité.

La plupart des critiques analyserons avec intérêt un deuxième niveau de lecture qui concerne le transgénérationnel, ces choses, bonnes ou mauvaises qui passent de génération en génération, avec tout ce que cela implique d’incompréhension de frustrations, de non-dit et surtout de gâchis.

Mais le génie de cette œuvre est peut-être encore ailleurs. Quand vous commencez à lire la première partie, racontée par le premier personnage, vous prenez inévitablement fait et causes pour lui. Vous adoptez sa perspective et donc ses joies, ses contrariétés, ses colères, ses tristesses, et tout ce qu’il peut reprocher à ses parents.

Ensuite vous passez à l’enfant suivant, parent du précédent. Ce parent dont vous vous êtes fait une idée au départ du point de vue donné par son propre enfant des années plus tard.

Ce mécanisme impose la remise en question de l’idée que l’on se faisait de la personne. On adopte son point de vue et on comprend inévitablement certains de ses mécanismes, avec tout ce que cela a de violent et de heurtant.

Et l’opération recommence à trois reprises. On pourrait penser que l’on ne se laisserait plus avoir la fois suivante, mais à chaque fois on se rend compte qu’une image s’est imposée d’elle-même dans notre esprit et que cette image doit être revue. Cette construction de la narration force le lecteur à rencontrer des textes qui vont dans des sens contradictoires, après s’être tour à tour identifié à chaque texte. On prend alors conscience du caractère inévitable de la rencontre du texte mais aussi de l’identification qu’il produit et l’impossibilité de lutter pour conserver une certaine neutralité.

Avec cette construction narrative, nous faisons l’expérience de l’incomplétude de nos représentations ainsi que de leur inadéquation avec celles des autres.

Plus encore, nous faisons l’expérience de notre impossibilité à nous défaire de ces représentations incomplètes qui naissent dans l’inconscient.

Lignes de faille remet ainsi ces représentations à leur place. A savoir qu’il faut composer avec, nous n’avons pas le choix, mais que nous devons les sortir de l’inconscient pour pouvoir, le cas échéant, les remettre en question.

Lignes de faille est donc un éloge magnifique à l’importance de la relativisation et de la conscientisation permanente qui seule rend possible les remises en question  que notre incomplétude requiert, quitte à se contredire soi-même.

Elégie pour un Américain – Siri Hustvedt

Elégie pour un Américain est un roman de Siri Hustvedt, écrivain américain, poétesse, essayiste et romancière de 61 ans (ses parents sont d’origine norvégienne), épouse du très célèbre Paul Auster qu’elle a rencontré à une séance de lecture de poésie (c’est la vérité).

Elégie pour un Américain a été publié en 2008.

Élégie pour un Américain

Nous suivons une famille, composée de trois personnes, Erik Davidsen un psychiatre divorcé, sa sœur, veuve inconsolable de la perte de son époux et la fille de cette dernière.

Le fil conducteur de l’histoire ce sont des petits secrets de familles, de ceux que chaque famille couve. De ces secrets que les morts laissent derrière eux et que l’on finit tout de même par découvrir, qu’on ait cherché à les débusquer ou qu’ils sautent au visage sans qu’on ait rien demandé. Les secrets ont leur vie et ils la vivent, indépendamment de la mort et indépendamment des gens.

Continue reading →